Actualité à la Hune

TOUR DE FRANCE À LA VOILE

Un 40e sur son 31 !

Comme en 1978 et pour la 31e fois, le Tour repart de Dunkerque ce 7 juillet. La ville de Jean Bart continue de former de grands régatiers depuis des lustres. Il s’achèvera à Nice le 30, après neuf étapes comportant, en alternance, raids et parcours en stadium à proximité de la plage. Si Team Limonade Lorina Golfe du Morbihan, vainqueur incontesté l’an dernier, remet son titre en jeu et semble toujours aussi affûté, le niveau général est clairement monté d’un cran, et une bonne demi-douzaine d’équipages peut espérer l’emporter à l’issue de trois semaines de course qui s’annoncent palpitantes mais épuisantes. Etat des lieux et revue des favoris.
  • Publié le : 06/07/2017 - 15:30

Tour de France à la voileLes régates du TFV se disputent au plus près de la plage et sont retransmises sur écran géant. Photo @ JM Liot/ASO
Comme il semble loin ce temps où, à Dunkerque, les Ecume de Mer tiraient gentiment sur leurs amarres, les voiles en Dacron à poste, les équipets plein à craquer, les sacs de couchage cohabitant avec les cirés humides, l’avitaillement prêt pour plusieurs semaines de navigation avec, en prime, la traversée du canal du Midi, mât posé sur le pont, et kermesse à chaque écluse ! A cette époque, on dormait forcément à bord des bateaux, et l’on faisait beaucoup la fête. Les nuits au poste en cellule de dégrisement n’étaient pas rares, et certains bars et discothèques se rappellent encore du passage mouvementé de hordes d’équipiers déchaînés, dansant debout sur les tables… 

Tour de France à la voile 1978Les Ecume de Mer au départ de la première grande boucle.Photo @ TFV/Tour VoileIl fallait toute la bienveillance du patron de l’épreuve et ses bonnes relations avec les maires pour éviter tout incident diplomatique. «Je voulais des bateaux strictement identiques, robustes et marins. L’Ecume de Mer dessiné par Jean-Marie Finot venait d’être élu bateau de l’année. Je n’avais pas un sou mais j’ai commandé vingt bateaux au Salon nautique. Le chantier Mallard m’a fait une réduction de 5 %, et j’ai dû payer les trois communications téléphoniques que j’avais passées sur son stand», raconte goguenard Bernard Decré, créateur de l’épreuve, toujours en blazer et cravate, diablement sympa, un brin paternaliste et assez papa gâteau. Le Tour lui doit beaucoup. Si vous branchez «BD» sur le TFV, prévoyez d’y passer la soirée : il est intarissable et on ne s’ennuie pas !


Un creuset de champions

François Pailloux, sur Marseille, est le premier vainqueur de l’épreuve, à tout juste 18 ans et avant qu’elle ne se dispute sur First 30, Rush Royale, Sélection, JOD 35, Farr 30, M 34, et enfin Diam 24. Des milliers de régatiers passent par l’exigeante école du Tour, des amateurs et aussi de futurs pros. Thomas Coville a débuté la régate habitable au TFV en lessivant la carène chaque matin et comme numéro un remplaçant… avant de connaître la carrière qui est la sienne. Jimmy Pahun, élu député à l’Assemblée nationale il y a quelques semaines, est indissociable du TFV. Il a disputé son premier Tour sur Saint-Tropez à bord d’un bateau skippé par un certain Gilles Martin-Raget, ancien de la Coupe de l’America sur France 3, juste avant qu’il n’intègre Voiles et Voiliers comme journaliste et photographe. Comme quoi le Tour mène vraiment à tout ! Puis Jimmy, réputé aussi pour ses chansons d’Eddy Mitchell, notamment «Couleur menthe à l’eau», sur scène chaque soir, a enchaîné 28 grandes boucles jusqu’en 2012, en gagnant trois (dont deux à la tête d’équipages amateurs).

Tour de France à la voile 1978Premier vainqueur du Tour en 1978, François Pailloux reçoit son trophée.Photo @ TFV/Tour Voile

Mais «l’homme du Tour» est assurément Bertrand Pacé, recordman du nombre de victoires sur six supports différents. «J’en ai gagné en effet huit et perdu un à la suite d'un démâtage à Marseille. Mon record devrait tenir encore quelque temps», en rigole le Dunkerquois sans forfanterie. Il n’avait que 17 ans quand il devait barrer l’Ecume de Mer de sa ville natale en 1978 lors du premier, mais une grave blessure à l’œil l’a contraint à laisser sa place. Il s’est rattrapé les années suivantes en le remportant toujours sur Dunkerque avec Joe Seeten puis Damien Savatier. On pourrait citer tant de coureurs, de Fédensieu à Sautieux, de Berthet à Pillot, de Mallaret à Péponnet, de Desjoyeaux à Cammas, de Caraes à Lunven, de Mouren à de Kergariou, de d’Andrimont à Caignaert, de Souben à Sevaux, de Basset à Le Hir… ou encore de Cayard à Dickson, Graël, Stead ou Barker qui sont venus régater et souvent gagner ! Même Eric Tabarly a succombé aux charmes du TFV pour une ou deux étapes, tout comme l’ancien Premier ministre Michel Rocard ou l’académicien Jean-François Deniau.

Tour de France à la voileLes départs en stadium sont souvent chauds bouillants !Photo @ JM Liot/ASO
Plus de nuits à la barre mais au volant !

Aujourd’hui et pour la troisième année consécutive, le TFV se dispute en Diam 24 toujours le long de la mer du Nord, Manche, Atlantique et Méditerranée et sur neuf étapes. Les nostalgiques des louvoyages humides, de nuit au rappel sous un ris solent face au courant, et des regroupements dans les raz par petits temps, pare-battage à poste, ne risquent pas de revivre ce qui a fait du TFV l’une des meilleures écoles de course au large qui soit. Depuis l’abandon du monocoque, les concurrents alternent raids et parcours techniques sur deux jours (sauf à Dunkerque et Nice où il y en a trois), démontent et remontent leur tri en deux temps trois mouvements, le rentrent dans la remorque avant de rouler de nuit pour l’étape du lendemain. Et tout ce beau monde issu principalement de la voile olympique et du cata de sport, n’était de toute façon pas né quand les 40 Sélection Jeanneau aux couleurs de la SNSM louvoyaient de nuit en 1988 sous le pont de l’île de Ré, ou s’abritaient sous le vent de Porquerolles pour tenter d’affaler le spi lourd dans un mistral à tout casser !

Tour de France à la voileLe champion d’Europe de 470 Sofian Bouvet n’a pas mis longtemps à briller en Diam 24. Photo @ JM Liot/ASO
Un tiers d’équipages pros

N’empêche, si le TFV nouvelle version dirigé par Jean-Baptiste Durier depuis qu’il a été racheté par Amaury Sport Organisation, n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il a été. Il reste de haut niveau et a su intelligemment évoluer. Sur le modèle du Tour de France cycliste (organisé aussi par ASO), le village a grossi, la caravane publicitaire s’est étoffée, les marins sont au contact du public et les animations gratuites… Du coup, séduits, les sponsors sont revenus. La preuve : depuis près de trente ans, on n’avait pas vu autant de concurrents. Sur les 31 équipages présents cette année, un tiers a un statut «professionnel» et ne fait presque que ça depuis le mois de janvier. Cinq Grand Prix ont été disputés cette saison avec tous les favoris, et les équipes se sont largement structurées. Pierre Mas, directeur de projet et coach de Beijafore Sailing Team, connaît bien le Tour de France à la Voile. Il l’a remporté deux fois (avec comme coskipper Bertrand Pacé) à la barre de Sète Languedoc-Roussillon Fortant de France en 1987 et 1988. Et même si le format aujourd’hui a beaucoup changé, la préparation en amont et la gestion de l’aspect physique et mental trois semaines durant restent fondamentales. «Sur une épreuve aussi longue et exigeante que le TFV alternant raids et parcours en stadium, il est essentiel d’avoir un équipage polyvalent et complémentaire, explique l’ancien vainqueur de l’Admiral’s Cup. Il est aussi important de pouvoir tourner afin de garder de la fraîcheur et le même niveau de performance. Tous les postes – barre, tactique navigation, réglages – sont ainsi doublés.» Bref, outre un responsable technique aussi indispensable qu’incontournable et un coach, les grosses écuries ont quasiment toutes cinq régatiers - dont deux barreurs - se relayant, le Diam 24 se menant à trois.

Tour de France à la voileBeijaflore avec Bellet, Pirouelle, Sipan, Villion et le Kiwi Saunders, en tête du classement virtuel après cinq Grand Prix, vise le top cinq.Photo @ D. Ravon
Qui peut gagner le Tour ?

Pour Quentin Delapierre, coskipper avec Mathieu Salomon de Team Lorina Limonade Golfe du Morbihan, vainqueur 2016 et à nouveau favori cette année : «le niveau des dix premiers est bien plus élevé que l’an dernier, avec un groupe de cinq à six bateaux qui peuvent prétendre à la victoire, dont Oman Sail (Thierry Douillard), SFS Voile (Sofian Bouvet), Beijaflore Sailing (Valentin Bellet) ou Trésors de Tahiti (Teva Plichart).» On a quand même envie d’ajouter Cheminées Poujoulat skippé par Bernard Stamm qui, avec l’arrivée de Jean-Christophe Mourniac et Gwen Riou, est monté d’un cran lors des derniers Grands Prix (surtout lors des raids), ou encore Fondation FDJ Des pieds et des Mains (Damien Seguin et Damien Iehl) dans le coup tout ce printemps. Et de redoutables outsiders, il y en a ! Pour le podium, on mettra volontiers un petit billet sur Team Coved mené par le champion du monde de ski freeride Aurélien Ducroz, entouré des fines barres que sont Olivier Backes et Gurvan Bontemps. Team Installux Aluminium (Charles Hainneville et l’équipage de Team France Jeunes qui rentre des Bermudes), Vivacar.fr CEFIM (Mathieu Souben), Team Lorina Mojito Golfe du Morbihan (Solune Robert et Riwan Peron), Team Occitane Sud de France (Pierre Leboucher et Billy Besson) ou encore New Territories mené par le Portugais Hugo Rocha, vice-champion olympique de 470 seront forcément dans le match, et vont malmener les favoris. Enfin, Pink Lady Pays de l’OR Hérault avec Sophie de Turckheim, Alexia Barrier et Manon Audinet de l’équipe de France de Nacra 17 pourraient bien en faire voir de toutes les couleurs aux garçons !

Tour de France à la voileC’est aussi au rappel que se gagnent les raids au TFV… et il faut être costaud.Photo @ D. Ravon
Tenir physiquement !

Ce n’est pas nouveau : le Diam 24 est un bateau sportif car toilé. Dès 12 nœuds de vent, c’est au rappel – et donc aux abdos - que se fait la différence sur les longs bords de près lors des raids. Vu la densité du plateau et le niveau général en considérable hausse cette année, le TFV se gagnera aussi sur la capacité des équipages à garder de la lucidité, donc à être très affûtés physiquement pour ne pas finir cramés en fin de journée pour la finale. Justement cette année, le nombre de finalistes à l’issue des parcours en stade nautique passe de six à huit… et les compteurs sont toujours remis à zéro. Et comme on ne peut ôter aucun mauvais résultat contrairement à la majorité des régates, il faudra en plus être régulier… et ne pas se faire pincer aux départs sous drapeau noir, les trimarans au-dessus de la ligne étant tout simplement disqualifiés. C’est clair que ce TFV n’a pas été aussi ouvert depuis longtemps.

Cheminée PoujoulatCheminées Poujoulat avec à sa tête Bernard Stamm, détenteur du Trophée Jules Verne (avec Francis Joyon) fait partie des bateaux à surveiller.Photo @ JM Liot/ASO

Tour de France 2017

Les 9 villes étapes

Dunkerque du 7 au 9 juillet

Fécamp les 10 et 11 juillet

Jollouville les 13 et 14 juillet

Arzon-Le Crouesty les 15 et 16 juillet

Les Sables-d’Olonne les 17 et 18 juillet

Roses (Espagne) les 21 et 22 juillet

Le Grau-du-Roi/Port Camargue les 23 et 24 juillet

Marseille les 26 et 27 juillet

Nice du 28 au 30 juillet